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Mairie de Villelongue 

Sauvetage de Saint Orens

Sauvetage de Saint Orens

Dans un vallon retiré du bassin d'Argelès, entre le hameau d'Ortiac et le lac d'Isaby, au-dessus de la commune de Villelongue (Hautes-Pyrénées), se dressent les ruines d'un des plus anciens monastères du département, le prieuré de Saint-Orens en Lavedan. Il est construit à 900 mètres d'altitude, sur un replat rocheux du mont Arribaout, isolé des anciennes voies de passage, ce qui a causé aussi bien sa ruine que sa conservation.

Sa restauration présente, outre l'évidente nécessité de ne pas laisser détruire un tel monument vieux de 1000 ans, un intérêt pour le paysage pyrénéen qui a été façonné à cet endroit depuis au moins 1500 ans et qui en 50 ans a perdu toute lisibilité. Son sauvetage date pourtant du début des années 70, quand le 1er Régiment des hussards parachutistes de Tarbes, entreprend de nettoyer les ruines de l'église en accord avec une poignée d'hommes de bonne volonté décidé à sauver le site d'une ruine totale, et qui fonderont, en 1974, la Société d'Études des Sept Vallées (SESV). Depuis cette date, les travaux suc­cèdent aux opérations de défrichage.

37 ans ont passé, et un même souci anime notre association, qui a repris l'œuvre de restauration, mais une nouvelle vision s'impose, en regard des enjeux de conservation actuels et des optiques nouvelles de financement culturel. L'intérêt d'un tel monument se comprend mieux à travers son histoire, et son état aujourd'hui se mesure au travail de restauration et de sauvegarde entrepris depuis 1973.

Peu de sources d'archives concernent le prieuré, son origine et son histoire, mais le travail conjoint de l'archéologue Bernard Pousthomis de 1974 à 1984, du professeur d'université Nelly Pousthomis, qui a écrit son mémoire de maîtrise sur le sujet (1976-77), et de ceux qui sont à l'origine de la Société des Sept Vallées, notamment Georges Peyruc, permet aujourd'hui de retracer l'histoire de ce monastère de montagne, Ce qui suit est un résumé de leurs travaux, ainsi que du livre publié en 1913 par Alfred Sarreméjean, instituteur à Villelongue (1).


Lithographie du prieuré de Saint-Orens en lavedan, datée de 1833 et réalisée par Louise-Joséphine Sarazin de Belmont.

HISTOIRE DU MONASTÈRE

LE« DÉSERT» DU VALLE CAPRARIA

Cette histoire commence au IVe siècle, avec l'arrivée providentielle d'Orens, jeune homme d'origine espagnole, de haute lignée, fils d'Orens et de Patience. Résolu de servir Dieu, l'ermite Orens aurait suivi un ange le menant d'Outre-Pyrénées (Urgell ou Huesca, la tradition ne s'accorde pas sur l'origine exacte du saint) jusque dans la « Valle Capraria» ou Batcrabero, c'est-à-dire la vallée des chèvres, en Lavedan. Les vies de saint Orens, au nombre de trois, issues d'archi­ves religieuses, ne correspondent pas sur tous les points, mais s'accordent sur ce fait et sur celui qu'il fut évêque d'Auch. Lors de son épiscopat, il aurait été appelé par Théodoric, roi des Goths de Toulouse, et aurait permis leur victoire sur les romains Aetius et Littorius, lors de la bataille de 439.

Selon une légende locale rapportée par l'instituteur de Villelongue Alfred Sarreméjean, Orens vivait dans une grotte, la grotte d'Aouradé. D'un autre côté, la tradition indique que le monastère fut établi à l'emplacement de l'ermitage d'Orens, où la population locale avait érigé un oratoire (2). Enfin, les ruines d'un moulin, construit par Orens lui-même selon la légende, et connu pour être le premier du Lavedan, sont encore visibles sur le ruisseau Isaby.

LA DONATION COMTALE DU IXe SIÈCLE : UNE VÉRITABLE «EMMÉNAGEMENT»

La christianisation des Pyrénées occidentales, certainement freinée par l'ar­rivée des Vascons, ne reprit avec vigueur qu'au IX· siècle, et l'on en exhume les traces à travers les chartes. C'est à cette époque que la comtesse de Bigorre Faquile dote le rnonastère (3), sans doute fraîchement sorti de terre, de tout ce dont il a besoin pour faire vivre une petite communauté de moines : des terres, une vigne, six juments et un cheval, un âne, vingt vaches et leurs veaux, deux taureaux, des brebis, quatre bœufs et porcs, puis des cruches, un cellier qu'elle a fait construire, des tonnes et des tonneaux, des mesures de vin, des chaudières et une poêle. Les indispensables objets de culte (des livres, des habits liturgiques, des calices et leurs patènes) complètent cette donation, qui vient entériner l'existence pré-établie d'une communauté religieuse.

Un inventaire des biens fonciers du monastère, établi peu de temps après, dresse une carte des possessions du monastère, qui variera peu au cours des siècles. Le censier de 1429 précise que le domaine s'étend essentiellement entre Artalens et Villelongue, dans la proche vallée de Davantaygues.

Ainsi s'installe une communauté religieuse modeste, protégée par les comtes de Bigorre et par les vicomtes du Lavedan, à l'écart du monde, comme le veut la tradition monastique.

Les fouilles archéologiques des années 1970 ont confirmé l'existence d'une première église pré-romane, dont les substructions ont été reconnues sous le bâtiment actuel.

L'AFFILIATION À CLUNY

Le monastère reparaît dans les textes au XIe siècle, dans une période où les fondations religieuses se succèdent - Saint-Pé, Madiran, Sarroncolin -, ainsi que les proclamations d'exemptions et de réformations, ces dernières souvent légi­timées par un certain désordre dans la gestion de ces établissements (4). Au cours du XIe siècle, le domaine de Saint-Orens est affranchi de la tutelle vicomtale qui l'exempte des redevances habituelles, et est rattaché au monastère de Saint-­Orens d'Auch. Le monastère devient prieuré du fait de ce rattachement, et se trouve soumis à Cluny par l'intermédiaire du prieuré auscitain, lui-même affilié à l'abbaye-mère de l'ordre clunisien (5). Saint-Orens de Lavedan s'intègre ainsi au maillage expansionniste de la grande abbaye clunisienne, formé de puissants monastères dont dépendent une multitude de modestes communautés. Ces communautés sont désormais régies par la règle bénédictine et participent à la politique unificatrice de la papauté dans l'Occident chrétien. À cette même période, le monastère de Saint-Savin de Lavedan est rattaché à Saint-Victor de Marseille en 1080, autre grande abbaye soutenue par le pape Grégoire VII.

UNE PÉRIODE FLORISSANTE RECONNUE PAR LES FOUILLES

Si les textes sont muets pour les deux siècles suivants, les fouilles archéolo­giques ont pu démontrer que les XIIe et XIIIe siècles ont constitué l'âge d'or du monastère. L'an mille marque en Occident le début d'une période d'expansion générale dans tous les domaines. Les Pyrénées deviennent un lieu d'échanges intenses, avec la Reconquista puis grâce aux routes de pèlerinages, pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle en premier lieu, mais aussi pour les Bigourdans au monastère Notre-Dame de Montserrat en Catalogne, sans compter les pèleri­nages locaux, au prieuré de Saint-Orens le premier dimanche de mai, à l'abbaye de Saint-Savin, à Héas, à Gavarnie, pour n'en citer que quelques-uns. La concur­rence avec l'abbaye de Saint-Savin toute proche, qui a bénéficié des libéralités comtales n'a pas, pendant cette période, freiné l'activité constructrice de Saint­Orens. Le monastère s'ordonne autour de l'église, de dimension modeste mais d'un parti pris architectural monumental : l'édifice est en forme de croix latine, où le transept, réservé aux moines, s'ouvre entièrement sur le beau chevet à trois absides, dans un plan similaire à celui de Saint-Savin. Le cloître, attenant au nord, aujourd'hui détruit, était à quatre galeries, et les vestiges conservés, notamment le chapiteau quintuple, aujourd'hui réutilisé en bénitier à la chapelle d'Ortiac, indiquent une belle maîtrise de la décoration sculp­tée. Le monastère comportait en outre un réfectoire, un dortoir (6), une porterie réservée aux visiteurs, et 22 journaux de terres cultivables directement attenantes au domaine. En cette période de crois­sance générale, celui-ci comptait six moi­nes (7) vivant en cellules.

À cette époque pourtant, le prieur de Saint-Orens, contrairement à celui de Saint-Savin, n'est jamais mentionné comme témoin dans les actes importants de la Bigorre.

UNE COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE PROCHE DES VILLAGEOIS

Si Saint-Orens n'est plus un monastère de premier plan dans le Lavedan, il bénéficie, entre le XVe et le XVIIe siècle, d'une quantité de rentes et de fondations d'obits. Sarreméjean notait que dans les plus vieilles maisons de Villelongue, on trouvait de ces petits papiers écrits à la main, précisant rentes et fondations.

La mise en commende, à partir du XVIe siècle, appauvrit considérablement le monastère, car le prieur n'est plus tenu de résider au prieuré, mais en perçoit quand même les rentes.

Celui-ci devient un modeste établissement à vocation essentiellement pastorale et agricole. Les inventaires clunisiens nous dénombrent les moines présents au cours des inspections : 4 moines en 1360, 5 en 1603, 4 en 1673, 3 en 1718, 2 en 1768. Le recrutement est local et chaque famille du Davantaygues peut se targuer d'avoir donné au moins un moine à Saint Orens.

En 1609, un événement transpyrénéen de grande importance, la translation des reliques de saint Orens d'Auch à Huesca, en présence de l'évêque de Tarbes, de l'archevêque d'Auch et des députés venus de Huesca, permet de mesurer à quel point le monastère est à l'écart des routes et de la considération des digni­taires d'alors : il n'est tout simplement pas inclus dans l'itinéraire. Guillaume Mauran, avocat à la cour de Tarbes, qui relate l'événement dont il était témoin, dans son Sommaire description du païs et comté de Bigorre, le décrit « bâti dans la montagne, dans un lieu désert et solitaire» ; décidément, trop désert pour attirer l'intérêt. Pourtant, les fouilles là encore révèlent de forts rema­niements au XVIIe siècle, et de nouvelles constructions. Sans doute les trem­blements de terre qui ont secoué les Pyrénées, ceux de 1625, 1627 et celui, dévastateur, de 1660, qui fut ressenti jusqu'à Toulouse et Bordeau (8), ne sont pas étrangers à cette série de réparations, également mentionnées dans les archives. Une chapelle funéraire, construite près d'une fontaine, dans l'enceinte même du monastère, est datée de cette époque. À l'inverse, le cloître, lui, est détruit et abandonné. Il est entièrement dépecé au cours des deux siècles suivants, jusqu'à ce qu'il ne reste pierre sur pierre.

LE GLAS DU MONASTÈRE

L'abandon est consommé dans le courant du XVIIIe siècle. L'église et les bâti­ments attenants semblaient déjà en mauvais état au début du XVIIIe siècle. Bien avant la Révolution, qui nationalisa les bâtiments en 1789 et le vendit en lot en 1791, le monastère servit de carrière aux habitants des villages voisins. Deux granges avaient été construites sur les lieux avec des pierres de réemploi, ainsi que des murets et un abreuvoir. Ses pierres parfaitement taillées et polies ne servirent d'ailleurs pas seulement à la construction des deux granges et, à en croire A. Sarrernéjean, elles servirent de pavement aux granges alentours, aux bordes, et toutes les maisons de Villelongue en conservent chacune un petit échantillon. Statues, tableaux, cloches et bénitiers sont récupérés, cachés, et aujourd'hui perdus pour la plupart. Jusqu'aux années 1970, le site servit aux activités agricoles et pastorales.

Cette situation à l'écart du monde, qui lui avait valu, dès le XIIe siècle, l'oubli des grands feudataires, comtes de Bigorre et vicomtes du Lavedan, permit, certes, au site de s'écrouler tranquillement, au rythme des saisons et sous le lent travail de sape des racines, mais le sauva aussi de la gourmandise des pro­moteurs, du zèle souvent destructeur des restaurateurs du XIXe siècle, des aléas du développement urbain, routier, autoroutier, ferrovière, ...

Ainsi, cette situation nous a laissé une église en ruine, mais telle qu'elle fut conçue à la première heure, avec par-ci par-là quelques réparations des siècles précédents, sans autre ambition que de maintenir debout l'édifice. Bref, Saint ­Orens a eu la chance que n'ont pas eu beaucoup d'autres monuments du département, celui de rester « dans son jus ». Tous les visiteurs ressentent cette impression d'être les premiers à découvrir les ruines de l'église, enfouie dans son passé et oubliée de tous, protégée par les ronces et les orties. Pas de route qui y mène, juste un sentier abrupt, qui serpente entre les noisetiers


HISTOIRE DE SA REMISE EN VALEUR

LA « REDÉCOUVERTE» DU MONASTÈRE EN 1973 PAR LA SOCIÉTÉ D'ÉTUDES DES SEPT VALLÉES

Mais là où les hommes n'ont pas tout à fait réussi à détruire le monument, la nature, elle, y réussit très bien, en son temps, en son heure, sans presse, mais avec une détermination inébranlable : le monument s'écroule peu à peu, chaque hiver ajoute sa livrée de pierre éclatée, et chaque racine descelle son morceau de caillou ; une pierre roule au sol, laisse une entaille dans l'assise qui se creuse, le mortier s'effrite, créé une brèche, d'autres pierres roulent et, bientôt, c'est tout un pan de mur qui s'écroule. Ainsi disparaissent peu à peu tous les éléments originaux, et chacun sait qu'une reconstruction, même à l'identique, n'est jamais comme l'original.

C'est contre ce travail de la nature, et parfois aussi un peu de l'homme, qui ne peut s'empêcher de chaparder une belle pierre, bien taillée, avec parfois une décoration, que la Société d'Études des Sept Vallées (SESV) avait décidé de lutter, lorsqu'elle fut fondée en 1974. Cette lutte, nous la prolongeons aujour­d'hui, en poursuivant le travail effectué depuis 37 ans, défrichages et répara­tions, montant et descendant le matériel à dos d'homme, puisque même les ânes ne montent plus à Saint-Orens.

Quelques dates permettent de poser les jalons du travail de restauration et de remise en valeur du monastère, considéré aujourd'hui comme un haut lieu du patrimoine pyrénéen, à l'instar de Saint-Savin en Lavedan et de l'abbaye de l'Escaladieu.

Le long travail de remise en valeur a été initié dans l'hiver 1973 par le régiment des 1ers hussards parachutistes de Tarbes, qui entreprirent le travail colossal de déblayer les ruines de l'église, enfouie sous plus de 1200 mètres cubes de terre et déblais. Au cours des six mois de travaux, les trois fenêtres de l'abside centrale étaient restaurées, ainsi que la porte latérale de la nef, côté ravin, et le mur-campanile consolidé. L'entreprise qui suivit, plus minutieuse, s'attacha à fouiller archéologiquement à partir du sol d'origine du XVIIIe siècle, sous la conduite de Jean-Michel Launay, Bernard et Nelly Pousthomis, Jean-­Pierre Bove, Dominique Bruneau et Frédéric Vidaillet. En 1979, un gros travail de restauration du chevet fut réalisé, suivi quelques années plus tard de l'achat d'une partie de l'abbaye par la SESV et, en 1983, du classement du chevet au titre des Monuments Historiques. La nef sera plus tard inscrite à l'Inventaire Supplémentaire.

Quelques soldats du Ier Régiment des Hussards parachutistes de Tarbes à l'œuvre à Saint-Orens. 1973-1974. (Photo 1er RHP de Tarbes ).

LA POURSUITE D'UNE MISSION DE CONSERVATION ET DE MISE EN VALEUR

En 2008, une poignée de volontaires accepte de continuer l'œuvre initiée par la Société des Sept Vallées. Il s'avère vite nécessaire de se constituer en un cadre juridique permettant de poursui­vre l'œuvre de sauvetage et de conservation que demande un tel monument. L'association pour le Sauvetage et la Conservation de l'abbaye Saint-Orens en Lavedan présente un cadre pri­vilégié, ayant la souplesse requise pour ce genre d'action. La même mission de conservation des ruines est au cœur de nos préoc­cupations, mais désormais, plus 30 ans de recul permettent de poser un regard neuf sur l'action à mener.

2011: 37 ANS DE RECUL ET ÉTAT DES LIEUX

Aujourd'hui, malgré les efforts renouvelés depuis plus de 30 ans pour préserver ce haut lieu du patrimoine pyrénéen, la forêt a envahi les abords, les champs sont couverts de hêtres et de noi­setiers, les anciens sentiers ne se lisent plus, et le monastère étouffe dans sa gangue végétale.

Les travaux de recherche historique ont permis d'appré­hender le site dans son ensemble et d'en dater les éléments, l'église bien sûr qui date des XIe et XIIe siècles, mais aussi la porterie, les restes du réfectoire ou du dortoir, les fondations du cloître, aujourd'hui détruit, (XIIe - XIIIe siècle), une chapelle votive et une fontaine du XVIIe siècle, et enfin, les ruines de deux granges construites avec les pierres du monastère, au XVIIIe siècle. Chacune de ces constructions marque une étape dans l'occupation du site, et chacune mérite d'être conservée à la façon d'une ligne d'écriture dans la lecture globale du site.

LE MONASTÈRE DANS SON PAYSAGE

QUEL AVENIR?

Campagne de fouille dans la nef de l'église, 1981. Le sol a été carroyé pour un relevé précis des trouvailles archéologiques: sarcophages, poterie, grille de chœur, monnaies. Beaucoup de monnaies anciennes ont été trouvées sur le site et ont fait l'objet de publications, notamment dans la Revue de Comminges et la Revue de la SESV. (Photo SESV).

La mise en valeur du site passe ainsi par une reconnaissance de tous les états de développement de l'abbaye depuis sa fondation, comprenant non seulement les bâtiments monastiques, lieux de prière et de vie, mais aussi plus largement les aménagements dus à l'économie agricole monastique : moulin, canaux de dérivations pour l'irrigation des anciennes cultures en terrasses, estives. Le monument s'insère de cette façon aussi bien dans une lecture historique que géographique.


Le site dans son environnement en 1891.(Photo anonyme 1891)




Le site dans son environnement en 2010 (Photo Laure Latanne-Bey ).

Cette lecture large demande de remodeler le paysage, en accord avec les divers propriétaires des parcelles avoisinantes. Défrichage, lutte contre la reforestation sauvage, remise en état des anciennes estives sont les étapes essentielles pour redonner aux ruines du monastère un environnement propre à une lecture claire. Cette vision idéale, où les ruines stabilisées s'insèrent dans un paysage lisible, ne peut être accomplie et pérenne sans un travail collectif régulier et une communication incessante. Un intérêt renouvelé pour le site est le garant du succès de cette entreprise. Il existe, pour ce faire, divers moyens, que nous développerons progressivement, comme la publication d'un ouvrage sur le prieuré, son insertion dans un parcours de connaissance du patrimoine au niveau départemental (une route des abbayes, par exemple), l'ouverture saisonnière d'un petit local à Villelongue regroupant le mobilier de pierre en dépôt et une exposition de présentation du prieuré, et enfin la création d'évè­nements marquants qui ajouteront une plus-value prestigieuse à un monument, à certains points exceptionnels.

En adéquation avec le lieu - des ruines à ciel ouvert, un environnement montagnard sauvage, une forte emprise de la nature, sa situation dans le Parc National des Pyrénées -, le projet veut s'inscrire dans une démarche artistique contemporaine et environnementale, que nous appellerions art paysager éphé­mère, à la jonction entre un art écologique et le « landart » anglo-saxon. Cette vocation contemporaine nous semble la plus apte à nouer un dialogue entre le passé du monument et son avenir, sur le sujet - crucial aujourd'hui - de tout ce qui a trait au respect de l'environnement naturel et à la mémoire de notre civilisation.

Cependant, ces projets sont soumis à une condition préalable indispensable, la stabilisation des ruines.

DES TRAVAUX D'URGENCE : VERS UN MÉCÉNAT DE PROXIMITÉ

En acceptant de continuer l'œuvre de conservation de la SESV, notre asso­ciation était tenue de faire réaliser de prime abord des travaux d'ampleur pour consolider les ruines, menaçant de s'effondrer. Les tempêtes de 1999 et celle, plus récente, de 2010, l'action de la végétation, avaient considérablement affaibli l'ouvrage. Ces travaux d'urgence, réclamés par la DRAC depuis quelques années déjà, ont été programmés pour les années 2010-2011. D'autres sont prévus pour 2012. La recherche de mécénat pour la conservation de l'abbaye de Saint-Orens est ainsi, par la force des choses, une des missions de notre asso­ciation. Bien que les pouvoirs publics et collectivités territoriales poursuivent leur action de soutien en faveur du patrimoine historique, les enveloppes budgétaires se réduisent, et il est indispensable de se tourner vers les institutions privées et les particuliers afin d'assurer le financement de tels projets.

Notre projet a reçu l'aide de la DRAC, du Conseil Régional et du Conseil général, finançant près de 80 % des travaux. Les 20 % étant à notre charge, nous avons lancé une souscription publique, qui vient de recevoir le soutien de la Fondation du Patrimoine, fondation d'intérêt public. Ce soutien octroie à tout donateur un crédit d'impôt équivalent à 66 % du don. L'incitation fiscale et le prestige de la Fondation du Patrimoine nous donnent droit d'espérer atteindre la somme globale pour achever ces travaux, indispensables à la poursuite de notre action et au développement des projets que nous venons d'exposer.

L'avenir de ce patrimoine historique pyrénéen dépendra de plus en plus du mécénat privé, et nous espérons pouvoir développer un mécénat de proximité en nouant des relations mutuellement fructueuses avec des partenaires associés à nos projets, pour une reconnaissance locale et pourquoi pas, à l'heure d'internet, planétaire.

Les actions de notre association se déploient ainsi en missions et en projets.

De nos missions clairement définies - conservation et mise en valeur - découlent les projets que nous venons d'exposer. Certains sont plus ambitieux que d'autres, et paraîtront parfois utopiques, mais ils permettent d'orienter notre action vers un cap de référence. Notre démarche tend, à la fois à donner sa juste place au prieuré de Saint-Orens dans le patrimoine haut-pyrénéen, alors qu'il semble le plus souvent oublié du paysage touristique, et en même temps à vouloir faire de ce grand vaisseau de pierre à ciel ouvert, posé sur la montagne, un lieu de dialogue entre art et paysage pour une réflexion fructueuse sur l'avenir de la nature et de ceux qui l'habitent.

(1) Alfred Sarreméjean - Étude sur le monastère et la seigneurie de Saint-Orens, Tarbes, 1913 ; Nelly Pousthomis-Dalle, "l'abbatiale de Saint-Orens de Lavedan et sa place dans l'art roman ", mémoire de maîtrise de maîtrise d'histoire de l'art, 1975-1977, université de Toulouse-le-Mirail.

(2) Pour être tout à fait complet, il nous faut mentionner la croyance partagée par certains selon laquelle des forces cosmo-telluriques sont particulièrement présentes sur le site. Nous ne connais­sons ni l'origine ni l'ancienneté de cette croyance.

(3) Les auteurs ne s'accordent pas sur la date exacte de cette dotation : datée de 850 env. par Larcher, de 860 par G. Balencié, de 820 par Bascle de Lagrèze, de 838-839 ou 843 par J. Bourdette .. La charte de dotation a été retranscrite dans le Livre Vert de Benac, cartulaire des comtes de Bigorre daté du début du XVe siècle.

(4) Le concile de Toulouse de 1056 fulmine contre le relâchement qu'il constate partout dans les mœurs des moines, voir A. Sarreméjean, Étude sur le monastère et la seigneurie de Saint-Orens, Tarbes,1913,p.93.

(5) Certains auteurs à la suite de Davezac-Macaya ont adopté la date de 1064 pour le rattache­ment de Saint-Orens de Lavedan à Cluny, en se basant sur le rattachement d'autres monastères comme Saint-Lézer et Saint-Félix, opéré par les mêmes comtes et évêques qui avaient signé la charte d'exemption. Cependant, aucune charte d'affiliation entre Saint-Orens de Lavedan et Cluny ne nous est parvenue.

(6) Dortoir ou cellules? Les textes du bas Moyen Âge parlent des cellules des moines.

(7) La catalogue des établissements relevant de Cluny établi en 1614 précise le nombre de moi­nes. Dom Martin MARRIER et Andréas QUERCETANUS,« Bibliotheca Cluniacensis », Paris, 1614, col. 1741 c.

(8) Gernain d'Antin, Petits mémoires de Germain d'Antin, seigneur d'Ourout et gouverneur du château de Lourdes, 1649-1666. Réédition SESV.

Laure LATANNE-BEY

LE MONASTERE DE SAINT ORENS EN LAVEDAN

HISTOIRE D'UN SAUVETAGE AU LONG COURS

Chapiteau quintuple décoré de têtes de moines alternant avec des boutons de feuillage, avec sa base, le tout provenant du cloître. Le chapiteau a été creusé, sans doute au XVIIIe siècle, pour servir de bénitier à la chapelle Sainte-Catherine d'Ortiac. Les colonnettes en bois ont été fabriquées pour l'occasion.

(Photo Laure Latanne-Bey )

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